CARLOS PEZ

W (ARNING)

W (ARNING) DESCRIPTION EXHAUSTIVE DU PROJET

décembre 2005,
"L’art est la saisie immédiate d’un non-intuitf ; il est semblable au concept sans concept" Adorno T.W. Théorie Esthétique

"Un de mes intérêts, en tant que chorégraphe est de créer des liens, des connexions entre des artistes, des organismes, des cultures et des publics. Je suis attiré par le sens de l’humour et la simplicité dans le mouvement, par la traduction et la re-interprétation du langage, Un mouvement qui peut devenir une idée, une idée liée à un désir, un désir connecté avec un souvenir, l’action présente dans le souvenir, la ressemblance de cette action avec une nouvelle pensée.

Je voudrais continuer sur la voie du travail dans lequel Alexandre et moi nous étions lancés dans notre création précédente.Pour cette nouvelle création , au niveau du langage, je suis intéressé par le monde du sous-titrage (cinéma muet) et du doublage et au niveau du mouvement par le travail de Jacques Tati.

Il y a quelque chose, dans les relations aujourd’hui, qui nous appelle vers une sorte de flexibilité, de mobilité, et qui propose l’espace comme un lieu de rencontre. Je me demande comment proposer la rencontre comme une forme artistique, ou au moins, comment ouvrir un espace qui la rend pensable" Carlos Pez

juin 2006,

"M. Hulot est un personnage qui se pose là, au milieu du réel et qui par sa position un peu décalée vient mettre en évidence l'absurdité et le non-sens de cette réalité...." Le réel, Traité de l'idiotie, de Clément Rosset.

"Contrairement à Chaplin, Keaton, ou Laurel et Hardy, Tati n’occupe pas le centre de ses films. C’est un personnage souvent absent, discret, voire fantomatique. M. Hulot passe souvent inaperçu pour se fondre dans la foule ou dans le décor. Il se laisse souvent mener là ou le porte le flux des mouvements qui l’entourent. Du coup c’est rarement lui qui crée les situations comiques mais il s’en trouve souvent le témoin. En prenant la tangente et les chemins de traverse le distrait Monsieur Hulot est toujours au bord de la catastrophe..." Alexandre Théry.

Dans ses films, le langage est lui aussi toujours un peu décalé par rapport à l'action. Des sons, des bruits mélangés avec des expressions claires et précises souvent en anglais et en français établissent une sorte de communication très précise (fine) même si le contenu linguistique nous échappe parfois. Ce qui me fascine dans le travail de Tati, c’est comment l’artiste questionne la modernité de son temps et la confronte avec l’humanité de son personnage.

décembre 2006

Après un mois de travail, nous avons décidé de centrer la recherche sur un des films de Jacques Tati (Les vacances de Monsieur Hulot) et tout particulièrement sur les actions d’un seul personnage du film (M. Hulot). À partir de ce personnage, on a développé un nouveau scénario intitulé W (arning). C’est un scénario pour un soliste et dans lequel on transforme le personnage de M. Hulot (un touriste qui veut passer presque inaperçu) en celui d’un chorégraphe reconnu mais dont le travail est rarement présenté (une sorte de chorégraphe invisible, voire fantomatique) : W.

Présenter ce scénario est un peu compliqué parce qu’il demande des décors très complexes (décor de plage, décor de mer, décor d’un hôtel…) et en plus l’action se déroule en 7 jours. Pour simplifier le processus d’adaptation on a décidé de travailler sur un espace vide (le plateau) et de présenter le scénario à deux. Alex et moi incarnons, expliquons, dansons W ou peut-être un travail que W voudrait faire ou qui a déjà été présenté, et que nous sommes en train de faire sur le plateau.

Synopsis du processus : à partir d’un film, on travaille sur un spectacle. Dans ce processus de translation du film en spectacle vivant, notre langage chorégraphique est contaminé par le langage cinématographique ; un vocabulaire de plans, contre plans, fondus, etc., nous sert de support pour la construction de l’espace et de nos corps.

En présentant ce solo à deux, nous explorons différentes manières de dialogues, et de traductions car nous parlons chacun dans notre langue maternelle mais aussi dans d’autres langues. Le sujet de la traduction/ interprétation est un des nœuds du travail, c’est aussi un point de départ ou un moteur de la dramaturgie de la pièce. Notre recherche se situe à plusieurs niveaux : langage, mouvement, corps …. On pourra, peut-être, dire que Warning n’est pas un spectacle "on translation" mais un spectacle "in translation".

La scène, à vrai dire, n’est pas complètement vide. Au fond du plateau il y a un objet qui ressemble à un écran de cinéma ou un écran plasma (6/9). Pour faire comprendre nos dialogues, nous utilisons des sous-titrages qui sont projetés sur cet objet. Avec ces deux éléments le sous-titrage et l’utilisation de cette sorte d’écran, nous effectuons un double mouvement dans le travail, c’est-à-dire qu’à partir d’un film, nous présentons un spectacle (peu probable), et que nous le présentons comme s’il s’agissait d’un film (un film sur la scène). C’est dans ce mouvement d’aller-retour entre le cinéma et le théâtre, dans cet espace entre les deux que le spectacle prend place.

Après un mois de travail, Alex a écrit :

"La tentative de raconter les vacances de M. Hulot est vouée à un certain échec. Car dans ce film, Jacques Tati ne s’appuie pas sur une narration au sens classique du terme, il n’y a pas d’intrigue, peu de dialogues, pas véritablement de personnages principaux, pas d’enjeux psychologiques ou dramatiques, bref rien de très facile à résumer sous la forme d’une fable.
Raconter une histoire qui n’a pas de développement dramatique, mais n’est qu’une succession de tableaux et d’actions isolées, c’est déplacer l’enjeu narratif du récit vers la mise en avant des signes et des gestes qui accompagnent le discours.
Le corps produit des discours. Il est support de formes d’expressions, d’idiotismes ou de gestes, soit un ensemble de signes qui n’appartiennent pas en propre au registre linguistique.
D’un côté, faire que des mouvements, des signes, des gestes corporels seconds dans leur rapport commun à la parole (qu’ils soutiennent ou soulignent) deviennent premiers. Ceux-ci acquièrent alors une place centrale, puisqu’ils sont investis prioritairement des vertus affirmatives du discours. D’un autre côté en faisant que la parole se libère du souci de la narration, faire en sorte qu’elle devienne source de transformation de la perception du corps"